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Le mois dernier, la Modern Poland Foundation a lancé sur Indiegogo un concours original intitulé Future of Copyright. Elle demandait aux internautes d’imaginer quel pourrait être le futur du droit d’auteur et d’envoyer leurs contributions sous la forme de textes ou de vidéos.

L’un des détournements de tableaux qui servaient d’illustrations à ce concours
« Future of Copyright »

Dix textes ont été rassemblés sous la forme d’une anthologie, téléchargeable comme un livre numérique sous licence CC-BY-SA. Le jury, qui comportait notamment le professeurMichael Geist, a choisi de décerner le premier prix à Aymeric Mansoux, pour un texte intitulé Morphology of A Copyright Tale (Morphologie du conte du droit d’auteur), inspiré de l’ouvrage Morphologie du conte du flokloriste russe Vladimir Propp.

Ayant étudié de nombreux contes traditionnels, Propp avait avancé l’idée qu’ils suivaient tous une sorte de structure sous-jacente immuable en 31 étapes, dont il a proposé une modélisation dans son ouvrage en 1928. Aymeric Mansoux a réutilisé ce canevas pour raconter l’histoire du droit d’auteur, depuis l’âge des contes traditionnels jusqu’à un futur qui dépasse notre époque :

This text is based on the work from Vladimir Yakovlevich Propp in his 1928 essay “Morphology of the Folktale.” By studying many Russian folktales, Propp was able to break down their narrative structure into several functions, literally exposing an underlying thirty one step recipe to write new and derivate similar stories.

Ce texte n’était disponible qu’en anglais, mais nous avons décidé de le traduire,@Sploinga et moi, pour le faire connaître plus largement en France. @Sploinga propose aussi sur Github de traduire les autres textes figurant dans l’anthologie rassemblée par la Modern Poland Foundation à l’occasion de ce concours. Libre à vous de contribuer !

Le texte d’origine d’Aymeric Mansoux étant sous licence CC-BY-SA cette traduction l’est également, en vertu de la clause de partage à l’identique.

Cette histoire constitue à mon sens une méditation très intéressante sur l’avenir du droit d’auteur, disant des choses profondes, et je vous donne rendez-vous après pour partager quelques réflexions.

MORPHOLOGIE DU CONTE DU DROIT D’AUTEUR (Par Aymeric Mansour. Traduction en français par Sploinga et Calimaq. CC-BY-SA)

Banksy – No Future. Par Paul Nine-O. CC-BY. Source : Flickr

1. ABSENTION

Il était une fois, dans la merveilleuse vallée du Folklore, une créatrice qui s’interrogeait sur le devenir de sa contribution au patrimoine des contes mimétiques et qui décida de prendre quelques distances avec les modes de création anonymes habituels dans sa communauté.

2. INTERDICTION

 La créatrice est mise en garde par une pancarte géante. Elle indique : « Renonce ».

3. TRANSGRESSION DE L’INTERDICTION

En dépit de cette mise en garde virale, la créatrice quitte sa communauté et commence à signer ses oeuvres pour légitimer sa contribution individuelle à la scène des conteurs.

4. RECONNAISSANCE

Sur son chemin de son accession à la qualité d’auteur, elle rencontre le Juriste et l’Editeur.

5. ACCOUCHEMENT

Le Juriste délivre des droits à la créatice.

6. SUPERCHERIE

 La créatrice devient l’Auteure.

7. COMPLICITE

Dès lors, l’Auteure et l’Editeur commencent à promouvoir les droits d’auteur dans la vallée du Folklore.

8. FORFAITURE ET PERTE

Avec l’aide du Juriste, l’Editeur utilise l’Auteure comme prétexte pour transformer la Vallée du Folklore en une fabrique lucrative de contes.

9. MEDIATION

 L’Auteure reçoit des messages de détresse d’un autre créateur persécuté par l’Editeur pour avoir créé une variante à partir d’un conte protégé par le droit d’auteur.

10. CONTRE-OFFENSIVE

 L’Auteure entend le son d’une flûte. Cette mélodie libre provient d’un campement au-delà de la Vallée du Folklore.

 11. DEPART

 L’Auteure quitte la Vallée du Floklore, à présent complètement couverte par le droit d’auteur, et se dirige vers le campement, attirée par la mélodie de cette invitation ouverte.

 Le Juriste la suit de loin.

12. MISE A L’EPREUVE

 Arrivée au campement, l’Auteure apprend de l’Homme à la Barbe que les informations utiles devraient être libres. Cela ne veut pas seulement dire qu’elles devraient être gratuites. Le Juriste, caché, l’écoute attentivement. L’Homme à la Barbe recommence à jouer de la flûte.

L’homme à la barbe… hummm… cela me rappelle quelque chose, mais quoi déjà ?
😉 Par Anders Brenna. CC-BY. Source : Wikimedia Commons.

13. REACTION

 Quittant le campement, l’Auteure se demande si les expressions culturelles pourraient ou non devenir libres également et, d’une certaine façon, libérées du droit d’auteur.

14. DON

 Le Juriste apparaît devant l’Auteure et lui apporte les licences libres.

 15. ACCOMPAGNEMENT

Avec l’aide de la culture du remix, le Juriste utilise l’Auteure comme prétexte pour transformer la Vallée du Folklore en un labyrinthe bureaucratique techno-juridique, mais libre pour tous.

16. LUTTE

Avec la prolifération des licences, l’Auteure ne peut plus faire face à la complexité qui découle de sa propre pratique. Elle sent qu’elle a perdu le contrôle de sa propre création, qui devient juste bonne à être exploitée comme un carburant par le réseau d’information en croissance continue alimenté par le Juriste et l’Editeur.

17. MARQUAGE

Sans tenir compte de ses intentions réelles, l’ensemble des oeuvres de l’Auteure sont marquées avec différents logos, des représentations imagées supposées être compréhensibles par des humains, mais qui renforcent de nombreux conflits idéologiques, des intérêts commerciaux et des croyances à présent rationalisées par les droits d’auteurs et par leurs différents détournements libristes.

18. VICTOIRE

Le seul échappatoire est d’ignorer complètement le droit d’auteur. Quelle que soit sa forme. De tout abandonner derrière soi, petite victoire personnelle sur la machinerie techno-juridique, mais un premier pas vers une libération de la Vallée du Folklore.

19. RÉSOLUTION

En conséquence, l’Auteur devient Pirate de sa propre oeuvre, de toutes les oeuvres, une nouvelle fois. Elle se met un bandeau noir sur l’oeil.

20. RETOUR

La Pirate retourne dans la Vallée du Folklore, à présent complètement couverte de licences libérales, voire libristes, toutes incompatibles entre elles et fragmentées. L’Editeur et le Juriste font en sorte que tout soit bien rangé et silencieux. « Morphologie d’un conte » de Vladimir Propp devient l’algorithme breveté d’une matrice en freemium qui se nourrit automatiquement de l’aggrégation de contenus ouverts produits par les créateurs de la Vallée du Folklore.

 La Pirate a quelque chose à dire à propos de tout ça.

21. POURSUITE

L’Editeur et le Juriste, qui considèrent la présence de la Pirate comme une menace sérieuse à leur empire informationnel, lancent plusieurs campagnes de désinformation pour remettre en cause la légitimité de la Pirate de critiquer quoi que ce soit, étant donnée qu’elle se livre à des activités illégales et donc moralement condamnables.

Ce travail de sape est renforcé par des mécanismes répressifs de plus en plus agressifs, punitifs et aveugles, qui frappent les créateurs qui voudraient s’engager sur le même chemin qu’elle.

22. EVASION

La Pirate arrive à échapper un moment à l’Editeur et au Juriste en utilisant un réseau souterrain de tunnels et de cavernes qui s’étend sous la Vallée du Folklore, à présent entièrement surveillée, verrouillée, cloudifiée et jouettifiée.

23. ARRIVÉE

Finalement, la Pirate décide de refaire surface dans la Vallée plutôt que de passer le restant de ses jours à vivre sous terre comme un rat. Elle émerge au beau milieu d’une foule étonnée de créateurs de contes stéréotypés dont on a lavé le cerveau.

24. RÉCLAMATION

L’Éditeur et le Juriste arrivent et délivrent leur discours moralisateur habituel, celui qui a permis durant tout ce temps d’anesthésier les créateurs de la Vallée du Folklore et de les garder sous contrôle. La peur d’être pillée peut se lire en filigrane à travers toutes les histoires, la panique à propos du fait de se détacher de soi-même.

25. DÉFI

L’Éditeur et le Juriste mettent à l’épreuve la Pirate. Ils soutiennent qu’elle n’a aucun droit de contester la situation. Elle n’est après tout qu’un parasite, un passager clandestin qui n’a aucune idée de ce qui est en jeu.

26. SOLUTION

La Pirate enlève le bandeau sur son œil.

27. RECONNAISSANCE

Soudainement, tous les créateurs reconnaissent l’Auteure. Cette Auteure qui avait commencé à signer beaucoup de ces contes qui sont à présent utilisés sous licence comme des modèles dans les fabriques de contes implantées par le Juriste et l’Editeur.

Et tous l’écoutent…

28. EXPLICATION

L’Auteur raconta son voyage.

Jusqu’à l’éveil de son individualité, elle avait expérimenté différentes façons de travailler ses outils d’expression, en utilisant les apports des autres directement ou indirectement. Elle s’était intéressée à autant de méthodes collaboratives qu’il y avait de couleurs dans le monde. Mais elle explique qu’à mesure qu’elle avait gagné en expérience, elle avait ressenti le besoin de signer et de laisser son empreinte dans son oeuvre d’une manière ou d’une autre. Elle s’était sentie mal à l’aise avec le paradoxe qui se faisait jour : d’un côté, son désir de n’être qu’un simple neurone dans ce flux continu de la créativité et de l’autre, ce besoin primaire de s’élever au dessus de ses pairs pour briller et rendre visible sa propre contribution. Elle explique aussi son besoin de vivre tout simplement et pourquoi en conséquence, elle avait d’abord pensé que le droit d’auteur était un modèle juste, inoffensif pour le public et pour ses pairs. Elle dit qu’elle n’avait pas réalisé que la liberté dont ils jouissaient naguère au sein de la communauté des créateurs de contes ne pouvait être égalée par des contrats juridiques, même avec les meilleures intentions qui soient.

Elle conclut qu’à chaque étape de sa quête pour la compréhension de la véritable matrice de la culture, le Juriste et l’Éditeur étaient présents pour rendre possibles et soutenir ses expérimentations, mais qu’ils devenaient de plus en plus puissants et incontrôlables. Plus que tout, elle regrettait de les avoir laissés décider comment son œuvre et toute la culture, devait être produite et consommée.

 Elle s’excuse.

29. TRANSFIGURATION

 L’Auteure redevient à nouveau une créatrice.

30. CHÂTIMENT

 Tout le travail de l’Éditeur et du Juriste se délite. Le droit d’auteur est bani de la Vallée du Folklore.

31. MARIAGE

 La créatrice épouse un autre créateur. Ils vivent alors heureux après cela, créant beaucoup de nouveaux contes.

Quant à l’Homme à la Barbe, on m’a raconté qu’il avait transformé son campement en une brasserie, mais ceci est une autre histoire…

***

Quelques réflexions :

Je trouve particulièrement intéressant dans ce texte la manière dont Aymeric Mansoux nous replonge dans les temps immémoriaux de l’âge du Folklore pour nous inviter à penser le futur du droit d’auteur. Il défend la thèse que l’avenir du droit d’auteur ne peut qu’être qu’un No Future et qu’on ne sortira définitivement des conflits actuels qu’en retournant à une conception de la création détachée de la notion de propriété.

Retourner aux temps immémoriaux des débuts de la création, une utopie ? Peut-être pas… (Par dsearls. CC-BY. Source : Flickr)

Le plus surprenant dans sa proposition est peut-être le fait qu’il considère que les licences libres ne constituent finalement qu’un des avatars de la logique du droit d’auteur et non une solution aux problèmes qu’il soulève. Aymeric Mansoux n’est à vrai dire pas le premier à se faire l’écho d’un tel sentiment. Il existe en effet toute une tradition de créateurs, que j’ai déjà évoquée dans S.I.Lex, de Tolstoï à Godard en passant par Jean Giono, qui ont voulu produire des oeuvres en dehors de la logique du droit d’auteur.J’avais proposé de nommer Copy-Out cette tendance à essayer le dépasser les licences libres et le copyleft :

Il est peut-être temps de dépasser la logique du Copyleft elle-même pour entrer dans celle du Copy-Out : la sortie en dehors du cadre du copyright et non plus son aménagement.

Cette aspiration au détachement se retrouve par exemple chez une artiste comme Nina Paley, qui a choisi de renoncer purement et simplement au droit d’auteur sur ses créations, après avoir longtemps promu l’usage des licences libres. Elle l’a fait d’abord en créant une non-licence parodique, le Copyheart, puis en choisissant de placer ses oeuvres sous la licence CC0 (Creative Commons Zero) exprimant un renoncement complet à ses droits. Elle explique son choix par la volonté de faire voeu de « non-violence légale », en se détournant non seulement du copyright, mais aussi des licences libres  :

Pour moi, la CC-0 est ce qu’il y a de plus proche d’un vœu de non-violence légale. La loi est un âne que je refuse de monter. Je ne peux pas abolir le mal. La Loi ne peut abolir le mal, au contraire, elle le perpétue et l’amplifie. Les gens continueront à censurer, faire taire, menacer et maltraiter le savoir, et ce désastreux morcellement qu’est la propriété intellectuelle continuera d’encourager de telles choses. Mais je me refuse, pour combattre des monstres, à en devenir un ou à nourrir le monstre que je combats.

Mimei & Eunice. Par Nina Paley.

Ce même type d’approche a été relayée récemment par un créateur comme Zaqary Adam Green, qui estime par exemple que les licences Creative Commons forment un système trop complexe et même dans le champ du logiciel libre, on commence à entendre des voixqui se demandent s’ils ne vaudraient pas mieux arrêter les licences libres au profit du domaine public.

Les licences Creative Commons vues par Zachary Adam Green.

Le stade de rejet complet du droit comme mode de régulation de la création que décrit Aymeric Mansoux dans son texte semble donc déjà en train d’advenir. A vrai dire, l’ouvrage Un monde sans Copyright… et sans monopole par Joost Smiers et Marieke van Schijndel (disponible chez Framabook) envisage déjà l’hypothèse d’une suppression totale de la propriété intellectuelle, en montrant qu’il resterait possible de mettre en place une économie de la culture, sans doute plus juste que celle qui existe actuellement. Et j’avais eu aussi l’occasion d’étudier les secteurs de la création qui échappent actuellement au droit d’auteur (parfumerie, mode, cuisine, magie, etc), en montrant qu’ils avaient su trouver d’autres modes de régulation.

On trouve également en France un auteur qui a délibérément choisi d’abandonner ses droits sur ses romans, dont j’ai plusieurs fois eu l’occasion de parler dans S.I.Lex. Il s’agit de Pouhiou, auteur du cycle des Noénautes qui place ses écrits sous licence CC0, non sans par ailleurs les publier chez Framabook.

En lisant les motivations qui l’ont poussé à faire ce choix, on se rend compte que l’on trouve plus d’un écho avec le texte d’Aymeric Mansoux, et notamment le fait qu’il utilise lui aussi pour écrire une « matrice », comme celle de la Morphologie du conte de Propp :

Le Yi King est un livre de sagesse chinois qui répertorie les situations du monde en 64 hexagrammes. Un hexagramme, ça correspond un peu à une arcane dans notre tarot de Marseille.

Je me suis amusé à imaginer que chaque hexagramme me raconte ce qui se passerait dans chaque chapitre. Ce procédé m’a donné une construction solide pour mon roman. Ainsi, je découvrais où l’intrigue nous menait en même temps que tout le monde.

Les huit premiers hexagrammes m’ont inspiré les huit chapitres qui forment #Smartarded. Le but est, à terme, d’écrire les 8 livres que devrait comporter le Cycle des NoéNautes (à raison de deux par an).

Les trigrammes du Yi King pour écrire un roman.

Et ce mode de création n’est pas sans lien avec le choix de renoncer au droit d’auteur :

[…] au fur et à mesure de l’expérience, je me suis rendu compte que ce que j’écrivais ne m’appartenait pas. Que je sois inspiré par l’humour de Terry Pratchett, la provoc de Chuck Palahniuk, une chanson de Bénabar ou un modèle de tricot… Les idées ne font que passer par moi… En fait je n’écris pas : je digère !

Cette idée que nous puisons, même à notre insu dans un fonds préexistant pour créer, met à mal le concept fondamental qui sert de pierre angulaire au droit d’auteur, à savoir l’originalité conçue comme une « empreinte de la personnalité » de l’auteur portée dans son oeuvre. Dans le modèle que Propp a proposé pour analyser les contes, on voit que la question de l’originalité s’efface derrière le suivi d’un canevas préexistant. C’est toujours la même histoire que racontent les contes, malgré leurs variations.

Il se trouve que d’autres auteurs ont développé de telles thèses par la suite, en montrant que même les créations contemporaines sont réductibles à une « structure » sous-jacente. C’est la thèse notamment de Joseph Campbell dans l’ouvrage « Le Héros aux mille et un visages » publié en 1949. Campbell soutient qu’un très grand nombre d’histoires peuvent se ramener à un schéma narratif archétypique, qu’il nomme le « voyage du héros ». Cette structure constitue à ses yeux un « monomythe » qui constitue la matrice de la plupart des grands récits de l’Humanité.

Mais loin d’être limité aux mythes et aux contes traditionnels, le pouvoir explicatif de la théorie du monomythe s’applique en réalité à de très nombreuses créations contemporaines. Georges Lucas par exemple reconnaissait sa dette vis-à-vis de l’ouvrage de Campbell pour l’écriture de Star Wars et de plusieurs analyses ont mis en évidence la présence de la même structure sous-jacente dans de nombreux récits.

Star Wars, Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Matrix, Nemo…
…toujours la même histoire ? Et le monomythe en arrière-plan ?
Tous ces éléments renforcent à mon sens l’intérêt de la vision d’Aymeric Mansoux. Tout se passe comme si nous avions « oublié » que nous créons toujours comme le faisaient les conteurs, en puisant dans un fonds pré-existant, qui n’est autre que le Domaine Public Vivant. Le prisme du droit d’auteur agit comme un voile idéologique qui brouille la conscience des créateurs de leur dette envers les créations antérieures et des apports de leurs contemporains. Mais la culture du remix et du mashup constitue à bien des égards une résurgence de ces formes de création collective.

Comme le suggère Aymeric Mansoux, la clé du futur réside sans doute entre les mains des créateurs eux-mêmes et dans leur capacité à accepter le détachement nécessaire à l’évolution du système. Je lisais récemment cette phrase explosive sur le site d’Antoine Brea : « notre temps où la littérature est dévorée du cancer qu’est devenu l’auteur ».

En attendant, nous sommes encore plongés dans cette phase où la Vallée du Floklore continue à être couverte par le copyright. Cette question prend même aujourd’hui une acuité nouvelle, puisque l’OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) a lancé des travaux pour mettre en place un traité international à propos du Folklore, des savoirs traditionnels et des ressources génétiques. Le but est de trouver une manière pour que ces connaissances puissent faire l’objet d’une protection et ne risquent pas des confiscations brutales de la part de firmes des pays industrialisés. Les postures traditionnelles du Yoga par exemple ont fait l’objet de tentatives de « piratage » par des sociétés américaines qui ont tentées de les breveter. Le problème, c’est qu’il y a de fortes chances que l’OMPI applique le schéma de la propriété intellectuelle à ces types de savoirs traditionnels, alors que ce patrimoine ne devrait pas être saisi à travers ce prisme déformant.

On a déjà pu constater ce phénomène, avec par exemple les Maoris qui ont voulu revendiquer un droit de propriété intellectuelle sur leur Haka traditionnel pour pouvoir contrôler l’usage qui en est fait par les All Blacks ou le peuple des guerriers Maasaï qui acherché récemment à déposer son nom comme marque afin d’empêcher des firmes de vendre des produits estampillés ainsi. Il existe même une Maasai Intellectual Property Initiative, visant à faire reconnaître la « marque culturelle » de ce peuple, dont on peut comprendre la logique, mais qui laisse un sentiment de malaise…

Le nom et l’image des guerriers Maasaï utilisés dans une pub Range Rover…

L’Afrique du Sud cependant est en train d’expérimenter une nouvelle voie, en préparantune Loi sur les savoirs traditionnels, qui essayerait de les protéger par des mécanismes propres, différents de ceux de la propriété intellectuelle classique :

The new Bill, unlike the old Bill, proposes a sui generis approach to the protection of traditional knowledge.  In short, this means that traditional knowledge will be dealt with as a new category of intellectual property rather than fitting it into the already existing categories of intellectual property. This approach has generally been regarded internationally, including by the World Intellectual Property Organisation, as the proper approach for the protection of traditional knowledge.
The protection proposed to be offered by the new Bill can be divided into 3 categories, namely :

  • Traditional Work, akin to copyright;
  • Traditional Designs, akin to Designs; and
  • Traditional Marks; akin to Trade Marks.

Même dans cette hypothèse, on voit que le savoir traditionnel passerait sous un régime de propriété intellectuelle. On est encore loin du moment où la Vallée du Folklore s’émancipera de la logique du copyright… Mais je veux croire qu’à la fin, le souffle de la nuit des temps que véhiculent les contes et qui passe encore en nous sera le plus fort.

>>> Posté le18 juin 2013 par Calimaq sous licence CC0

>>> Source @ http://scinfolex.wordpress.com/2013/06/18/un-conte-pour-imaginer-le-no-futur-du-droit-dauteur/

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