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J’avais dit que j’allais arrêter de bloguer pendant un moment. C’est ce que je suis en train de faire. On pourrait croire que je continue de bloguer normalement alors qu’en réalité j’expédie mes derniers articles et termine mes réflexions. Une fois que ce sera fait j’arrêterai de bloguer.

J’apprécie réellement bloguer et j’apprécie surtout toutes les personnes que ça m’a fait côtoyer : A1, Cyrille, Augier, Damien, Laurent, Carl, Tintouli, Cloug, Cep, alterlibriste, David et tant d’autres dont les lecteurs. Pour autant le blogging reste un outil avec ses qualités et ses défauts. Aujourd’hui je lui trouve encore davantage de qualités que de défauts en revanche je trouve bien davantage de défauts que de qualités au net.

Mon Internet est mort. Je vous avoue ne pas bien comprendre ce que nous y faisons tous encore. Pourtant être sur le net c’est un non-sens. On est contre la surveillance… bah arrêtons simplement d’être sur le net. On en a marre de la publicité, du profilage, du tout argent… bah arrêtons simplement d’être sur le net.

Le modèle d’affaires du web c’est la surveillance, on pense tout de suite étatique (NSA, terrorisme, etc.) mais c’est également et surtout comprendre ce qui nous intéresse, suivre nos achats et notre surf, prévoir nos besoins, filtrer nos désirs et nos peurs pour vendre. Il y a une incohérence profonde à accepter que le modèle d’affaire du web c’est la surveillance, lutter contre mais être dessus quand-même.

Moi en ce moment c’est juste que je ne peux plus, le net me donne envie de vomir, c’est le dégoût, le rejet. Voir autant de bêtises, de haine, de désinformation, voir ce que les entreprises et les états sont en train d’en faire.

Que reste-t-il à sauver du net ? La pomme est trop pourrie, il faut la jeter et repartir de zéro de toute urgence. Il y a déjà des projets en ce sens (IPFS, Tahoe-LAFS). Si on n’arrive pas à proposer une alternative alors on aura probablement créer le plus grand outil de surveillance de l’Histoire de l’humanité.

Certains pensent que Tor les protège. Le simple fait que Tor soit le dernier des outils qu’il nous reste pour se « cacher » montre à quel point nous sommes acculés. Combien de temps cet outil et les hommes qui le maintiennent vont tenir face à des forces étatiques, face aux lois qui seront votées, face à la peur (terrorisme et autres excuses) ? Le chiffrement sera-t-il mis à mort d’un point de vue légal ou en imposant des backdoors en 2017 ? La neutralité du net va-t-elle tenir avec Trump ?

Les choses ne s’améliorent pas, elles empirent à une vitesse effarante.

Au final je souscris à cette phrase « Il importe de faire le monde que nous voulons, beaucoup plus que de lutter contre le monde que nous ne voulons pas ». Je ne vois plus d’avenir au web, c’est un outil mortifère alors j’arrête. Je ne vais pas arrêter d’y surfer mais j’arrête d’y être. Je ne vais plus participer à le faire vivre, à le faire grossir, je souhaite sa mort la plus rapide possible pour repartir sur des bases saines et fécondes.

Nous avons oublié ce qu’était le net, ce qu’il aurait dû être, ce que certains voulaient qu’il soit. Il n’était pas à la merci des lois, à la merci des entreprises, de la propagande et de la censure. C’était autre chose, quelque chose de nouveau, quelque chose porteur d’espoir.

Où allons-nous aujourd’hui ?

Déclaration d’indépendance du cyberespace de John Perry Barlow

Gouvernements du monde industrialisé, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande, à vous qui appartenez au passé, de nous laisser en paix. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucune souveraineté sur le territoire où nous nous assemblons.

Nous n’avons pas de gouvernement élu, et il est peu probable que nous en ayons un un jour : je m’adresse donc à vous avec la seule autorité que m’accorde et que s’accorde la liberté elle-même. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez aucun droit moral à nous gouverner, et vous ne possédez aucun moyen de faire respecter votre autorité que nous ayons de bonnes raisons de craindre.

Les gouvernements trouvent le fondement de leur pouvoir légitime dans le consentement des personnes qu’ils gouvernent. Vous n’avez ni sollicité ni obtenu le nôtre. Nous ne vous avons pas invités. Vous ne nous connaissez pas, et vous ne connaissez pas non plus notre monde. Le cyberespace ne se trouve pas à l’intérieur de vos frontières. Ne pensez pas que pouvez le construire comme s’il était un de vos Grands Travaux. Vous n’y arriverez pas. C’est un phénomène naturel qui croît de lui-même, par nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part aux grands débats qui nous ont réunis, et vous n’avez pas non plus créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non-écrits qui ordonnent déjà notre société mieux que ne pourraient le faire n’importe lequel des règlements que vous prétendez nous imposer.

Vous dites qu’il existe chez nous des problèmes que vous devez résoudre. Vous prenez prétexte de cela pour faire intrusion dans notre espace. Beaucoup de ces problèmes n’existent pas. Là où il y aura de véritables conflits, là où des torts seront effectivement causés, nous les identifierons et nous les traiterons avec nos moyens. Nous sommes en train de mettre en place notre propre Contrat Social. Nous nous gouvernerons en fonction des conditions qui prévalent dans notre monde, pas dans le vôtre. Car notre monde est différent.

Le cyberespace est fait de transactions, de relations et de pensée, circulant en un flot ininterrompu sur nos canaux de communication. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il ne se trouve pas là où vivent les corps.

Nous sommes en train de créer un monde ouvert à tous, sans privilège ni préjugé qui dépende de la race, du pouvoir économique, de la puissance militaire ou du rang à la naissance.

Nous sommes en train de créer un monde où chacun, où qu’il soit, peut exprimer ce qu’il croit, quel que soit le degré de singularité de ses croyances, sans devoir craindre d’être forcé de se taire ou de se conformer.

Les concepts de votre droit en matière de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de circonstances ne s’appliquent pas à nous. Ils ont leur fondement dans la matière, et il n’y a pas de matière ici.

Nos identités n’ont pas de corps : donc, contrairement à vous, nous ne pouvons pas faire régner l’ordre au moyen de la force physique. Nous pensons que c’est à travers l’éthique et l’intérêt bien compris de chacun et de la communauté dans son ensemble que va surgir notre mode de gouvernement. Nos identités sont probablement dispersées à travers un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent seraient prêtes à reconnaître est la Règle d’Or de l’éthique. Nous espérons que nous serons capables de construire nos propres solutions sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous essayez d’imposer.

Aux États-Unis, vous venez aujourd’hui de créer une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui renie votre propre Constitution et qui est une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. C’est nous qui devons maintenant faire renaître ces rêves.

Vous avez une peur panique de vos propres enfants, car ils sont nés dans un monde où vous serez à jamais immigrants. Parce que vous avez peur d’eux, vous confiez à vos bureaucraties les responsabilités parentales que vous êtes trop lâches pour exercer vous-mêmes. Dans notre monde, tous les sentiments et toutes les expressions de l’humain, du plus dégradant au plus angélique, font partie d’un tout inséparable, l’échange global des octets. Il n’est pas possible de séparer l’air qui peut éventuellement étouffer certains de ceux qui le respirent de celui qui permet aux oiseaux de voler.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous essayez de tenir à l’écart le virus de la liberté en érigeant des postes de contrôle sanitaire aux frontières du cyberespace. Peut-être que ceux-ci empêcheront la contagion un certain temps, mais ils ne fonctionneront pas dans le monde de l’omniprésence des médias transporteurs d’octets.

Vos industries de l’information, de plus en plus obsolètes, cherchent à se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui ont la prétention de confisquer à leur profit jusqu’à la parole même à travers le monde. Ces lois cherchent à transformer les idées en un produit industriel comme les autres, au même titre que les lingots de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain peut créer peut être reproduit et distribué à l’infini sans que cela ne coûte rien. Le transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour se faire.

Ces mesures de plus en plus hostiles et colonialistes nous placent dans la même position que les amoureux de la liberté et de l’auto-détermination qui lors d’époques précédentes ont dû rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Il nous faut déclarer que nos identités virtuelles ne sont pas soumises à votre souveraineté, alors même que nous continuons à consentir à ce que vous gouverniez nos corps. Nous allons nous disperser sur toute la planète de manière à ce que personne ne puisse arrêter nos idées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus juste et plus humaine que le monde qu’ont construit vos gouvernements auparavant.

Davos, Suisse, le 8 février 1996

(La déclaration originale en Anglais chez l’EFF, pour en savoir plus sur Wikipédia).

 


SOURCE @ https://www.blog-libre.org/2017/01/02/mortifere/

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