Pour comprendre pourquoi, il vous faut lire La mécanique du texte. Vous voilà accrochés, j’espère, je n’ai pas trouvé de meilleur teaser, pas simple pour un essai adressé aux auteurs, aux éditeurs, aux libraires… et aux plus fanatiques des amoureux de littératures.

La mécanique du texte

Mon travail sur ce texte a commencé en juin 2014 par une proposition de la bibliothèque départementale Pierresvives à Montpellier d’animer durant deux jours un séminaire sur les mutations de l’écrit à l’heure du numérique, avec à la clé une conférence publique.

Séminaire programmé début décembre 2014. Je n’étais pas sensé préparer quoi que ce soit, juste me présenter, discuter, partager mes expériences et réflexions. Mais il y avait cette rencontre du soir. Quelle histoire raconter ? Quelle pelote dérouler ? Je n’avais pas trop envie de seulement raconter ma vie.

J’ai alors pensé que, pour montrer en quoi le numérique change l’écriture, il serait sans doute bon de commencer par montrer ce que d’autres technologies ont changé avant lui. De placer le numérique dans la grande histoire de la littérature, comme François Bon l’avait fait avec Après le livre, mais avec la perspective de l’outil, de son influence sur les formes, les styles…

C’est comme ça que j’ai commencé une histoire technique de la littérature. J’aurais pu publier sur mon blog des billets. C’est venu autrement. J’ai creusé plusieurs lignes en parallèle : l’écriture manuscrite, la machine à écrire, le traitement de texte, le Markdown… Peu à peu, des chapitres ont émergé, et au final ce qu’on peut et doit encore appeler un livre.

Je ne pouvais pas écrire ce texte sur mon blog. Je ne parle pas de le publier, mais bien de l’écrire. La temporalité du travail n’était pas compatible avec un mode de diffusion au fil de l’eau. Le blog convient à la pensée séquentielle, pas à la pensée itérative. Comme je pratique les deux, le blog ne peut être pour moi une forme universelle et fourre-tout (et je me refuse désormais à publier sur le blog un texte qui n’a pas été écrit pour le blog).

Je me rends compte que je suis en train de continuer le livre. De lui faire pousser une excroissance Web, mais cela n’est possible que parce que j’ai créé au préalable le corpus stabilisé de La mécanique du texte. Il sort le 29 juin en ebook et papier chez plubie.net. Le hasard faisant bien les choses, je serai ce jour-là à Bruxelles pour parler justement d’écriture et de numérique.

C’est ainsi, grâce à l’interaction avec l’extérieur, que la littérature devient réellement numérique, que nous passons bel et bien après le livre, et plus précisément après la métaphore du livre. Reste, comme je l’explique dans mon essai partiellement autobiographique, qu’une métaphore jamais ne meurt. On pourra un jour se placer définitivement après le livre papier, mais jamais après la métaphore du livre qui, comme toutes les autres métaphores inventées au fil des siècles, se réinventera perpétuellement.

J’écris ce billet selon la métaphore du blog et le publie selon cette même métaphore. J’ai écrit La mécanique du texte selon une tout autre métaphore, celle du manuscrit, et le publie selon celle du livre. Nous n’assistons pas à un changement de métaphore, ce qui n’a pas de sens, mais une véritable effloraison métaphorique dont doivent se saisir les auteurs, les éditeurs, les lecteurs… La littérature continue sa route. J’ai essayé d’en raconter un petit bout à ma façon et je continuerai ici.

PS1 : Si vous ne comprenez rien à mon histoire de métaphore, vous êtes condamnés à lire mon essai.

PS2 : Les abonnés publie.net peuvent le découvrir dès le 15 juin et lire un dialogue entre Guillaume Vissac et moi sur la technique de publication numérique.

PS3 : On peut simuler un processus itératif avec un blog en modifiant sans cesse une série de billets préalablement publiés, mais cette exposition du processus créatif ne m’intéresse pas, car elle me force à maintenir constamment une certaine lisibilité des différents billets. Quand je m’attaque à un texte long, j’aime au contraire sans cesse sauter entre plusieurs parties avec une grande vélocité, selon la métaphore du manuscrit. C’est un processus organique assez contraire à l’esprit du blog et à sa métaphore.

PS4 : La métaphore du livre ne disparaîtra pas, mais les créateurs les plus aventureux peuvent se concentrer sur les métaphores plus expressément contemporaines, donc d’une certaine façon après le livre. Oui, après le livre, qu’est-ce qu’on écrit ?

 

>>> Source @ http://blog.tcrouzet.com/2015/06/12/le-livre-jamais-ne-disparaitra/

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