Tout le monde a repris cette annonce de l’Education Nationale, celle qui concerne l’utilisation de tablette, appareil photo et ordinateur.

Faut-il s’émouvoir, se féliciter ou s’exciter contre ces nouvelles directives ?

Plusieurs choses à ce sujet :

1) les ventes de tablettes ont explosé et le marché stagne en ce moment

2) les ventes d’ordinateurs personnels ont baissé entre 2011 et 2013  et reprennent du poil de la bête cette année.

3) les constructeurs ont annoncé les uns après les autres vouloir abandonner les netbooks, ordinateurs portables de petite taille et très accessibles financièrement puis certains reviennent avec ce type d’ordinateurs via les Chromebook et Windows préparent un Windows dédié à ce genre de petites machines.

l’engouement pour les tablettes

Commençons par parler du phénomène planétaire iPad lancé par Apple. C’est la nouveauté des 5 dernières années, l’objet à la mode. Il faut reconnaitre son efficacité : surfer sur le net, regarder des vidéos ou écouter de la musique sur une surface de la taille d’un petit cahier, c’est impressionnant. On ne parle que de ça depuis deux ans et tout le monde a le mot « application » à la bouche. Et peu importe le prix. En tout cas, au début.

Ce phénomène est renforcé par le suivisme de tous les autres acteurs : chaque constructeur a sorti sa tablette, Microsoft y compris avec le retard qu’on sait. Aujourd’hui, les tablettes se suivent et se ressemblent, sans originalité donc.

Tout ça a tellement bien marché que les enfants, conditionnés par ces tablettes, commencent à développer des comportements inédits. C’est en définitive, et comme d’habitude, aux parents de montrer comment utiliser une tablette, sur une durée courte, avec des programmes intelligents ou ludiques.

Va-t-on encore demander à l’école de se substituer aux parents dans cette nouvelle mission numérique ? J’en ai bien peur.

usage de la tablette

La tablette correspond à un usage : celui de la mobilité poussée à l’extrême. Avoir une tablette entre les mains lors de déplacements, c’est vraiment agréable. Dans le train, à l’hôtel, vous êtes connecté à internet grâce à un objet qui ressemble à un livre de 600 grammes. A domicile, l’usage de la tablette permet de consulter des informations et de consommer du net d’une façon nouvelle.

Pour contrebalancer cela, je dirais que malheureusement la tablette correspond également à un usage passif : vous consultez des sites et de l’information en passant d’une page à l’autre. Vous interagissez peu, voir sommairement. Ce n’est pas évident d’écrire un post de forums ou un email de plus de trois lignes sur un écran tactile. Taper un rapport ou construire un tableau de chiffres devient vite compliqué, voir mission impossible.

Que sera proposé aux enfants de CP ? Allumer la tablette, lancer 2 applications, et après ?

l’ordinateur personnel, c’est pour la création

J’avoue ma très grande préférence envers l’ordinateur personnel, qui permet de créer sous de multiples formes – écrire des textes ou des emails, dessiner, remplir des tableau de chiffres, programmer – qui permet d’être acteur, moteur plutôt que passif du bout du doigt.

J’ai bien peur que l’apprentissage sur tablette réduise les champs du possible ou la créativité justement.

De plus, la tablette est complètement fermée : on ne peut rien changer, on n’a accès à rien. Il faut passer par des applications tenues par des firmes privées. Les marchés d’applications sont centralisés et chaque application doit passer une validation (censure ?) avant d’être proposée. Il faut même créer un compte avant de pouvoir lancer la tablette. Et si je veux l’utiliser sans m’identifier ? Je n’aimerais pas que mon enfant se voit imposer ce système de pensée ou ce modèle économique très restrictif.

Sur le long terme, je pense que la tablette reproduit le schéma de la télé : vendre du temps de cerveau disponible. Android et iOs sont les maîtres à bord de ce que nous voyons sur les tablettes. Faut-il l’imposer à nos enfants ?

Je ne suis pas contre une initiation à la tablette ou à l’ordinateur mais je me dis que des enfants de CP ont tellement d’autres choses à découvrir avec les livres et la lecture ou le début des mathématiques. Autant leur apprendre le fonctionnement théorique d’un ordinateur ou d’internet, schémas et dessins à l’appui avec de jolis couleurs, plutôt que de leur mettre une tablette entre les mains en leur demandant d’appuyer sur le bouton »On ».

Autres aspects négatifs que je devine :

  • des dépenses publiques supplémentaires : qui passe le marché public ? A quel niveau ? Qui sont les interlocuteurs privés ? Qui choisit au final et sur quels critères ? Quid du SAV : ce sont les professeurs ou des entreprises externes qui s’en chargent ? Qui paie l’entretien : le ministère, les régions, les départements, les villes… ?
  • des problèmes d’entretien : les enfants de CP sont connus pour leur très grande délicatesse…
  • des problèmes de rangement du matériel : je connais des établissement dans lesquels les élèves de collège n’ont pas de casier personnel.

Au final, ca ressemble à une belle mesure bien démagogique, pour que notre gouvernement paraisse bien dans le coup des nouvelles technologies, un coup d’esbrouffe et à la fin, ce seront les professeurs qui se prendront la tête sur le terrain le jour J.

 

– Damien

 


>>> Source @ http://spirale.io/des-tablettes-pour-les-nuls-des-pc-pour-les-bons/

Fermer le menu
more